Rencontre avec Moe Thway, activiste en Birmanie

Moe Thway, est le co fondateur et président de Generation Wave Youth Force, l’une des principales organisations de jeunesse de défense des droits de l’homme en Birmanie.

Il nous fait l’honneur d’accepter l’ invitation de l’association Cadrasie lors de son passage en France le 14 décembre 2014

Une vingtaine de personnes participent à la rencontre, dont Valérie Habracker membre d’Amnesty International au siège social à Lille.

Maing Waing nous sert d’interprète.

Moe Thway nous raconte son parcours.

Tout jeune, il se pose la question : « Pourquoi vivrai-je toujours dans la peur, je préfère encore mourir avec courage. L’inaction me donne un sentiment de culpabilité. »

C’est alors qu’il s’engage en soutien à la révolution safran. Il est vite contraint de quitter son pays.

De retour à Rangoon en 2011, aux débuts de l’ouverture démocratique en Birmanie, il poursuit son engagement en luttant contre la corruption et les lois liberticides, Organisant des meetings, des formations.

La situation actuelle

Il y a bien sûr promesse d’élections et c’est un espoir pour la démocratie, mais les militaires ont gardé le pouvoir, les hommes d’affaires monopolisent l’économie.

En 2007, les militaires détenaient le pouvoir et la richesse, mais n’avaient pas de légitimité. C’est ce qu’ils cherchent maintenant. C’est pourquoi la visite de Hillary Clinton a été très importante.

Tous les organismes internationaux envoient de l’argent : le F.M.I, la Banque Mondiale, l’Europe, l’Australie, Asian Bank, mais cet afflux ne profite pas au peuple.

Les terres confisquées aux paysans ne leur sont pas restituées, dans l’attente de l’installation de grandes firmes (ex Coca-Cola…)

Des aberrations sont commises : on achète du poulet du Kentucky, on vend du gaz à la Thaïlande.

Cinq à dix « crownies » (businessmen proches du pouvoir) se partagent le pouvoir économique

Le rôle des moines

Par tradition, la plupart des familles envoient leurs enfants comme novices au monastère, au moins un temps. Les moines sont donc très proches du peuple.

Lors de la révolution, ils se sont impliqués encore d’avantage, manifestant contre l’injustice, mais depuis 2007, l’ennemi n’est plus visible. Ils ne trouvent donc plus leur espace et n’ont plus d’influence politique.

Quelques évènements récents ont été utilisés par le pouvoir. Dans l’Etat d’Arasant des violences interethniques ont eu lieu, opposant les Rohingya et les bouddhistes. Des moines ont manifesté à Mandalay en septembre pour soutenir le point de vue du président Thein Sein, leur refusant le statut de minorité ethnique. Le gouvernement semble utiliser la manipulation, la situation est très dangereuse.

Les minorités ethniques

Il y a bien sur un projet de paix, mais la situation n’évolue guère. L’intérêt du gouvernement est un intérêt économique. Pour faire des affaires, il faut que le pays soit pacifié…

 

Les élections en 2015

Aung San Suu Kyi, pourtant encore très respectée par le peuple birman, ne pourra pas se présenter.

La constitution n’a pas été révisée : les militaires détiennent encore, de droit 25% des voix. Une aide internationale sera nécessaire pour garantir la tenue des élections.

 

La liberté d’expression

Acquise en principe, mais le peuple n’est pas formé à la politique, l’éducation laisse à désirer.

De plus, les birmans se battent pour vivre leur vie de tous les jours. Il n’y a plus de trafic humain, de travail forcé, mais la main-d’œuvre est sous-payée (2 € pour une journée de 8 heures pour la construction d’une route)

 

La Chine

Ne voit que ses propres intérêts. Lors du « Asian Summit », le gouvernement chinois n’a pas « trouvé le temps » de rencontrer AUNG San Suu Kyi. Le projet de barrage est néanmoins suspendu pour 5 ans

 

Le Président U Thein Sein

Il est nécessaire pour réaliser la transition, mais c’est une marionnette

 

Aung San Suu Kyi

Moe thway ne comprend pas toujours ses positions. Pour lui, la première génération est trop agée, pour amener le changement. La deuxième génération, celle qui a lutté, est un peu cassée : ils sont dans le discours, un peu enfantin. Ils n’ont pas reçu l’éducation pour comprendre.

Le défi sera tenu, on l’espère par la troisième génération, à condition de changer la constitution. Le système éducatif doit changer absolument. Personne ne parle d’avenir. Il n’y a pas de projet politique. Moe Thway, lui travaillerait volontiers au ministère des Affaires Etrangères.

 

 

Résumé

Moe Thway, jeune activiste de Birmanie, a accepté l’invitation de l’association Cadrasie lors de son passage en France, le dimanche 14 décembre 2014.

Il nous raconte son engagement, et ses craintes pour la démocratie.

Malgré les élections de 2011, et une certaine ouverture à la démocratie, tous les pouvoirs politiques sont restés aux mains des militaires. Quant aux rênes économiques, ils appartiennent à une dizaine de « crownies » (hommes d’affaires proches du gouvernement). L’aide internationale qui commence à affluer, ne profite pas au peuple, qui continue à lutter pour sa survie.

Dans ce contexte, les élections de 2015 ne changeront probablement pas la donne.

(Aung San Suu Kyi, ne peut pas se présenter, la constitution maintient un quota important de militaires au pouvoir, et détient les ministères les plus importants)

Les seuls espoirs de Moe Thway reposent sur la troisième génération, celle qui sera éduquée.