Interview du journal Irrawaddy avec Bertil Lintner March 29, 2016

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         Aung Saan Su Kyi                                     Le président, U Htin Kyaw

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La ligue Nationale pour la Démocratie (LND) forme le nouveau gouvernement de la Birmanie. Après les élections de 2016, U Htin Kyaw est le nouveau président, et le premier président « civil » de la République de Myanmar. Les Birmans attendent beaucoup de ce changement de gouvernement mais le pouvoir du gouvernement est très limité puisque, selon la Constitution de 2008, la junte militaire contrôle encore les principaux ministères du pays (le Ministère de la défense, du contrôle des frontières et du Ministère de l’Intérieur).

De plus, la constitution de 2008 ne peut être modifiée que si 75% des députés votent en faveur de ce changement et la proposition d’une modification de la constitution doit passer par un référendum.

Dans le même temps, Aung San Suu Kyi ne peut pas devenir présidente (ses enfants sont de nationalité britannique) mais elle va prendre les fonctions ministérielles dans quatre domaines majeurs (Affaires Etrangères, Énergie, Cabinet présidentiel, Éducation).

De nombreux gouvernements étrangers ont promis à la Birmanie une aide financière suite à ces changements, mais les investissements n’augmenteront pas beaucoup car les investisseurs veulent voir si le nouveau gouvernement est capable de prendre des mesures efficaces, notamment concernant l’économie du pays, l’éducation et la paix (mettre fin aux guerres civiles).

Le « Myanmar Peace Center » (MPC) a essayé d’obtenir la paix entre plusieurs groupes ethniques mais n’a finalement pas obtenu grand chose. Le nouveau gouvernement est le seul à pouvoir s’attaquer au problème posé par la guerre civile (San Suu Kyi l’a déclaré elle-même) mais ils devraient procéder différemment. En effet, faire la paix en Birmanie est devenu un business à part entière.

Le partage des ressources est un autre problème auquel le gouvernement doit faire face. L’extraction de la pierre de Jade est un commerce très juteux (estimé à des millards de dollars) qui pourrait permettre de nourrir le pays en entier mais cet argent part en Chine, règle les intérêts étrangers et arrive aux mains des hommes d’affaires birmans entretenant des relations étroites avec les généraux. Rien ne revient à la population locale qui vit dans la pauvreté. Les donateurs, notamment l’Europe, la Norvège, la Suisse ou plusieurs organisations japonaises fournissent des millions de dollars à la MPC sans se demander où va cet argent et comment il est utilisé. Selon Bertil Lintner, une enquête anti-corruption devrait être menée contre la MPC.